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Les remparts éventrés de Ninive sous un ciel de fumée ; au loin, les palais brûlent, et des guerriers se découpent en silhouette au bord de l’eau.
Reconstitution numérique

Salle 04 sur 17

Ninive : la capitale effacée de la carte

La « ville de sang » si bien effacée qu’au iie siècle on ne savait plus dire où elle se trouvait.

Statut : ACCOMPLIE

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L’annonce · avant 648 et avant 632 av. n. è.

La capitale du monde

Au VIIe siècle avant notre ère, Ninive est la capitale de l’Assyrie, le plus vaste empire que le Proche-Orient ait connu. Sennachérib l’a agrandie et ceinte d’un rempart d’environ 12 kilomètres percé de 15 portes. Sur la colline de Kuyunjik, au bord du Tigre, se dresse son « palais sans rival ».

Ses armées ont soumis l’Égypte jusqu’à Thèbes, la ville que la Bible appelle No-Amon. Ses reliefs montrent des villes rasées et des captifs déportés. Rien ne semble pouvoir l’atteindre.

C’est à ce moment que deux prophètes de Juda annoncent sa fin. Sophonie, sous le règne de Josias, dit que Ninive deviendra « un lieu aride comme un désert ». Nahum décrit le siège, la crue, le feu et le pillage, puis une ville que l’on fuit et que personne ne plaint.

L’oracle touchant Ninive ; livre de la vision de Nahum, l’Elkoshite.

Nahum 1:1 Darby 1885

Et il arrivera que tous ceux qui te verront fuiront loin de toi, et diront: Ninive est dévastée ! Qui la plaindra ? D’où te chercherai-je des consolateurs ?

Nahum 3:7 Darby 1885

Un siècle plus tôt

La porte de la miséricorde

Ninive avait déjà reçu un avertissement. Le prophète Jonas y avait proclamé : « Encore 40 jours, et Ninive sera renversée. » Le roi et le peuple prirent l’annonce au sérieux, jeûnèrent et changèrent de conduite. Le jugement fut suspendu.

Ce récit éclaire toute la salle. Une annonce de malheur n’est pas une fatalité : elle laisse une porte ouverte. Si une nation se détourne du mal, la sentence peut être levée. Le Dieu de la Bible prévoit l’avenir, mais il respecte le choix des humains.

Les générations suivantes reprirent la violence que dénonce Nahum, qui l’appelle « la ville de sang ». Cette fois, l’annonce ne laisse plus de délai.

Et Jonas commença à entrer dans la ville, le chemin d’un jour ; et il cria et dit: Encore 40 jours, et Ninive sera renversée.

Jonas 3:4 Darby 1885

Et Dieu vit leurs œuvres, qu’ils revenaient de leur mauvaise voie ; et Dieu se repentit du mal qu’il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas.

Jonas 3:10 Darby 1885

Au moment où je parle au sujet d’une nation et au sujet d’un royaume, pour arracher, pour démolir, et pour détruire, si cette nation au sujet de laquelle j’ai parlé se détourne du mal qu’elle a fait, je me repentirai du mal que je pensais lui faire.

Jérémie 18:7-8 Darby 1885

632 av. n. è. · La chute

Trois mois de siège

De nuit, sous la pluie, un pan colossal du rempart de Ninive s’est effondré dans les eaux en crue ; derrière la brèche, les palais brûlent, et une file de soldats aux boucliers ronds avance dans l’eau.
Reconstitution numériqueLa brèche, l’eau et le feu : la fin de Ninive telle que la décrivent Nahum et un récit antique.

Les Babyloniens de Nabopolassar et les Mèdes de Cyaxare unissent leurs forces contre l’Assyrie. Une tablette babylonienne conservée au British Museum, la chronique de la chute de Ninive, raconte la suite avec la sécheresse d’un rapport : les deux armées campent devant la ville, l’assiègent durement pendant trois mois, puis la prennent.

Le roi d’Assyrie meurt. Les vainqueurs « emportèrent le vaste butin de la ville et du temple et changèrent la ville en monceau de ruines ».

Nahum avait annoncé une crue. Un historien grec du Ier siècle avant notre ère rapporte qu’un oracle promettait à Ninive de ne jamais tomber tant que le fleuve ne serait pas devenu son ennemi ; la troisième année du siège, des pluies torrentielles firent déborder le fleuve, qui abattit un pan du rempart. Le musée y voit l’accomplissement des « portes des fleuves » ouvertes.

mais, par une inondation débordante, il détruira entièrement son lieu, et les ténèbres poursuivront ses ennemis.

Nahum 1:8 Darby 1885

Les portes des fleuves sont ouvertes, et le palais s’effondre.

Nahum 2:7 (numérotation courante : Nahum 2:6) Darby 1885

Avant · après

Le même lieu, vingt-six siècles plus tard

Faites glisser la poignée pour passer de Ninive à son apogée au tell de Kuyunjik tel qu’il se présente aujourd’hui. Même point de vue, mêmes cours d’eau.

Aujourd’hui : la colline herbeuse de Kuyunjik, creusée de quelques tranchées de fouille où affleurent des murs de brique crue ; des moutons paissent ; le rempart n’est plus qu’une longue levée de terre.
Vers 650 av. n. è. : le palais royal sur sa colline, ses portes gardées par des taureaux ailés, une ville dense de maisons à toits plats et un immense rempart crénelé, entre une rivière et le Tigre.
Reconstitution numériqueVue de l’apogée et vue actuelle composées à partir du même cadrage. L’état actuel du site est décrit par les missions de fouille (PR-023, PR-024).

Annoncé · accompli

Quatre détails confrontés à l’histoire

  1. Détail 1

    Une crue ouvrira « les portes des fleuves ».

    « Les portes des fleuves sont ouvertes, et le palais s’effondre. »

    Nahum 2:7 (numérotation courante : Nahum 2:6)

    Ce qui s’est passé

    Selon un récit antique, des pluies torrentielles font déborder le fleuve, qui inonde une partie de la ville et abat un pan du rempart.

    Niveau de preuve : DÉBATTU Preuves : PR-022

  2. Détail 2

    Le feu dévorera la ville.

    « Là, le feu te dévorera, l’épée te détruira ; elle te dévorera comme l’yélek. Multiplie-toi comme l’yélek, multiplie-toi comme la sauterelle. »

    Nahum 3:15

    Ce qui s’est passé

    Les fouilles de Kuyunjik révèlent des palais incendiés : reliefs noircis, murs calcinés, tablettes d’argile cuites par le brasier.

    Niveau de preuve : FAIT ARCHÉOLOGIQUE Preuves : PR-023

  3. Détail 3

    L’argent et l’or seront pillés.

    « Pillez l’argent, pillez l’or ! Il n’y a pas de fin au splendide arroi de toute sorte d’objets d’agrément. »

    Nahum 2:10 (numérotation courante : Nahum 2:9)

    Ce qui s’est passé

    La chronique babylonienne le dit en une phrase : les vainqueurs « emportèrent le vaste butin de la ville et du temple ».

    Niveau de preuve : FAIT ARCHÉOLOGIQUE Preuves : PR-020

  4. Détail 4

    Ninive deviendra une désolation où se couchent les troupeaux.

    « Et il étendra sa main vers le nord, et il détruira l’Assyrie, et il changera Ninive en désolation, en un lieu aride comme un désert. »

    Sophonie 2:13

    Ce qui s’est passé

    En 401 av. n. è., Xénophon passe près de ses ruines désertes sans même connaître son nom ; au iie siècle de n. è., Lucien écrit qu’on ne sait plus où elle était. Aujourd’hui, des moutons paissent sur les collines qui recouvrent ses palais.

    Niveau de preuve : DONNÉE HISTORIQUE Preuves : PR-021, PR-025

Détail n° 4

Une ville dont on oublia le nom

Une colonne de soldats grecs aux casques de bronze et aux manteaux rouges longe, au soleil couchant, d’immenses buttes herbeuses et des pans de murailles ruinées ; quelques moutons paissent sur les pentes.
Reconstitution numérique401 av. n. è. : les Dix-Mille passent devant des ruines désertes dont ils ignorent le nom.

En 401 avant notre ère, l’Athénien Xénophon remonte le Tigre avec l’armée grecque des Dix-Mille. Il décrit deux grandes villes désertes aux murailles colossales, qu’il appelle Larissa et Mespila, et dit que les Mèdes les avaient habitées autrefois. La seconde est Ninive. Il ne connaît même plus son nom.

Au IIe siècle de notre ère, l’écrivain grec Lucien fait dire à l’un de ses personnages : « Ninive a péri depuis longtemps ; il n’en reste pas une trace, et l’on ne saurait même dire où elle était. »

La ville qui disait en son cœur « Moi, et à part moi, nulle autre ! » est devenue, comme l’annonçait Sophonie, un lieu où se couchent les troupeaux.

Et il étendra sa main vers le nord, et il détruira l’Assyrie, et il changera Ninive en désolation, en un lieu aride comme un désert. Et les troupeaux se coucheront au milieu d’elle, toutes les bêtes, en foule ; le pélican aussi, et le butor, passeront la nuit sur ses chapiteaux ; il y aura la voix [des oiseaux] qui chantent aux fenêtres, la désolation sera sur le seuil ; car il a mis à nu les [lambris] de cèdre. C’est là cette ville qui s’égayait, qui habitait en sécurité, qui disait en son cœur: Moi, et à part moi, nulle autre ! Comment est-elle devenue une désolation, un gîte pour les bêtes ? Quiconque passera à côté d’elle sifflera, [et] secouera sa main.

Sophonie 2:13-15 Darby 1885

1842-1851 · Fouilles

Retrouvée sous les collines

Pendant des siècles, les voyageurs ne voient en face de Mossoul que deux grandes collines de terre. En 1842, le consul français Paul-Émile Botta sonde la plus grande, Kuyunjik, sans grand résultat. En 1847, l’Anglais Austen Henry Layard y reprend les fouilles pour le British Museum.

Sous la terre, il retrouve le palais de Sennachérib : des dizaines de salles, des kilomètres de reliefs sculptés, des taureaux ailés gardant les portes. Partout, les traces du brasier : des reliefs noircis, des murs calcinés, et des milliers de tablettes d’argile cuites par l’incendie, qui les a paradoxalement conservées. Elles forment aujourd’hui la « collection de Kuyunjik » du British Museum.

Le feu annoncé par Nahum avait laissé sa signature dans le sol.

Là, le feu te dévorera, l’épée te détruira ; elle te dévorera comme l’yélek. Multiplie-toi comme l’yélek, multiplie-toi comme la sauterelle.

Nahum 3:15 Darby 1885

Pillez l’argent, pillez l’or ! Il n’y a pas de fin au splendide arroi de toute sorte d’objets d’agrément.

Nahum 2:10 (numérotation courante : Nahum 2:9) Darby 1885
Dans une profonde tranchée, des ouvriers en vêtements du XIXe siècle dégagent un colossal taureau ailé noirci par le feu, tandis qu’un explorateur en redingote prend des notes.
Reconstitution numérique1847 : un taureau ailé sort de terre à Kuyunjik.
Gros plan d’une tablette d’argile brun clair couverte de fines lignes cunéiformes, traversée par une fissure de recollage.
Reconstitution numériqueUne chronique babylonienne de ce type rapporte la prise de Ninive (PR-020).

Dossier

Pièces à conviction

Une chronique babylonienne, deux auteurs grecs, une source tardive à manier avec prudence, et deux siècles de fouilles.

Niveau de preuve : FAIT ARCHÉOLOGIQUEPR-020

Chronique de la chute de Ninive

Nature
Tablette cunéiforme (chronique babylonienne, ABC 3)
Date
copie v. 550-400 ; événements 616-609 av. n. è.
Conservation
British Museum, Londres
Inventaire
BM 21901 (1896,0409.6)

An 14 de Nabopolassar (632 selon la chronologie biblique ; 612 pour la plupart des historiens) : Babyloniens et Mèdes assiègent Ninive, la prennent et la changent en ruines.

Notice de référence (site externe)
Niveau de preuve : DONNÉE HISTORIQUEPR-021

Xénophon, Anabase III, 4, 7-12

Nature
Témoin oculaire grec
Date
401 av. n. è.

Les Dix-Mille passent près de grandes villes « désertes » (Larissa, Mespila) : il ne cite même plus le nom de Ninive, deux siècles après sa chute.

Notice de référence (site externe)
Niveau de preuve : DÉBATTUPR-022

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique II, 26, 9 – 27, 3

Nature
Historien grec (source tardive)
Date
ier s. av. n. è.

Un oracle disait que Ninive ne serait pas prise « tant que le fleuve ne serait pas devenu l’ennemi de la ville » ; la troisième année du siège, après des pluies abondantes, le fleuve en crue inonde une partie de la ville et abat le rempart sur 20 stades. Récit tardif mêlé de légende (Sardanapale, Arbacès) ; il nomme l’Euphrate au lieu du Tigre.

Notice de référence (site externe)
Niveau de preuve : FAIT ARCHÉOLOGIQUEPR-023

Ninive (Kuyunjik) — fouilles d’A. H. Layard (1847-1851)

Nature
Fouilles archéologiques
Date
1847-1851
Conservation
British Museum, Londres (reliefs et « collection de Kuyunjik »)

En 1847, Layard s’installe sur le tell de Kuyunjik, face à Mossoul, et y retrouve Ninive : le palais de Sennachérib, ses reliefs et des milliers de tablettes, dont beaucoup ont été cuites par l’incendie de la ville.

Notice de référence (site externe)
Niveau de preuve : FAIT ARCHÉOLOGIQUEPR-024

Tell Kuyunjik — mission de l’université de Heidelberg

Nature
Fouilles archéologiques en cours
Date
depuis 2022

Historique des fouilles (Botta 1842, Layard 1846-1851, Rassam 1853) et reprise des travaux dans le palais nord d’Assurbanipal ; découverte d’un grand relief du roi annoncée en 2025.

Notice de référence (site externe)
Niveau de preuve : DONNÉE HISTORIQUEPR-025

Lucien de Samosate, Charon 23

Nature
Auteur grec
Date
iie s. de n. è.

« Ninive a péri depuis longtemps ; il n’en reste pas une trace, et l’on ne saurait même dire où elle était. » Citation placée en exergue de l’ouvrage collectif Nineveh, the Great City (Leyde, 2017).

Notice de référence (site externe)

Questions fréquentes

Objections et réponses

Jonas annonçait déjà la ruine de Ninive, qui n’eut pas lieu.

La ville se repentit et Dieu suspendit le jugement (Jonas 3:10). Une annonce de malheur est souvent un avertissement : si le peuple change de conduite, la sentence peut être levée (Jérémie 18:7, 8). Plus d’un siècle plus tard, Nahum et Sophonie annoncent une ruine définitive, et cette fois elle arrive.

Nahum a pu écrire après la chute de Ninive.

Le livre parle de la chute de No-Amon (Thèbes d’Égypte) comme d’un événement récent et de Ninive comme d’une puissance encore debout. Sophonie, lui, écrit sous le règne de Josias, bien avant la fin de l’Assyrie. Annoncer en ce temps-là la disparition de la capitale du plus grand empire du monde n’avait rien d’évident.

La ville a été réoccupée : il y a eu des habitants sur le site après sa chute.

C’est exact : de modestes établissements, puis des villages, se sont installés sur une partie des ruines, et la grande ville de Mossoul, née sur l’autre rive du Tigre, entoure aujourd’hui le site. Mais Ninive, capitale d’empire, n’a jamais été rebâtie : son nom même s’était effacé, et il a fallu les fouilles du xixe siècle pour retrouver ses palais.

Les dates ne concordent pas : les historiens parlent de 612, pas de 632.

Le musée suit la chronologie biblique : Jérémie 46:2 situe la bataille de Karkemish dans la 4e année de Joïakim, ce qui place la prise de Ninive, environ sept ans plus tôt, en 632. Les historiens, qui datent autrement les règnes babyloniens, retiennent 612. Le décalage est le même que pour la chute de Jérusalem (607 ou 587/586). Il ne change rien aux faits : la ville a bien été prise et ruinée par les Babyloniens et les Mèdes.

Revoir la salle 03 : Tyr